Forme et VitalitéBaisse de moral

Qu'est-ce que la déprime saisonnière ?

"En automne, je récoltais toutes mes peines et les enterrais dans mon jardin. Lorsqu’avril refleurit et que la terre et le printemps célèbrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles" - Khalil Gibran.

Du latin deprimere, qui signifie littéralement "abaisser", la déprime désigne l’état d'une personne qui souffre d’une baisse de régime, d’un certain vague à l’âme. Lorsque les symptômes deviennent plus sévères, se prolongent et se manifestent d'une manière plus systématique, on parle alors de dépression saisonnière puis de TAS (Trouble Affectif Saisonnier). On distingue la dépression saisonnière, forme de dépression endogène ou mélancolique, familièrement appelée "blues de l’hiver", des formes de dépressions psychogènes (dépressions névrotiques ou réactionnelles).

 

Les symptômes de la déprime saisonnière

La déprime ou dépression saisonnière se caractérise par une grande souffrance morale, un sentiment de tristesse omniprésent, notamment en début de journée, une extrême lassitude (asthénie), une perte d’intérêt général, une anxiété exacerbée, une absence de repères, un manque prononcé d’estime de soi. De l’importance de l’inhibition de ces symptômes, la personne déprimée révèlera plus ou moins de signes somatiques : un changement anormal de poids, des nerfs à fleurs de peau, des difficultés de concentration, des troubles de l’humeur et des idées noires. Perturbées, les personnes déprimées rompent avec leur rythme biologique de sommeil et souffrent fréquemment d’hypersomnie. Elles se réfugient dans le sommeil, mais un sommeil perturbé, peu réparateur et irrégulier. Elles dorment trop et, a contrario, se réveillent à l’aube. Elles compensent leur anxiété et leur agitation par la nourriture, notamment les sucreries. Chaque symptôme, chaque contrariété déteignent sur le quotidien et deviennent prétextes à s’enfoncer davantage dans l’accablement. Le cercle vicieux se voit ainsi constamment alimenté.

Si cette vulnérabilité atteint son paroxysme dès les premiers jours de grisaille, elle disparaît, en général, avec les premiers rayons du soleil. Néanmoins, de tels épisodes dépressifs sont malheureusement rarement anodins et révèlent une certaine fragilité aux changements de saison. 15 à 25 % des personnes subissent une rechute dans l’année et 50 à 85 % plus tard, au cours de leur vie.
 

La déprime saisonnière : une origine hormonale

Hippocrate, comme Galien par la suite, mettait en corrélation la dépression et une sécrétion abondante d’une bile noire âcre et ténébreuse. Les personnes en proie au chagrin et au désespoir "broyaient du noir" ! Le spleen, terme anglais, désigne d’ailleurs la rate, siège de la bile. Il faudra attendre 1819 pour que le terme de dépression soit introduit dans le langage médical par le médecin français Jean-Etienne Dominique Esquirol. À partir de 1915, suite aux travaux de Sigmund Freud, la dépression intègre la sphère psychanalitique.

L’étiologie de cette pathologie n’est pourtant pas précisément déterminée. Les scientifiques évoqueraient le manque de lumière relatif à cette époque de l’année. La lumière nous permet en effet de rester synchronisés avec notre "horloge biologique" et de régulariser notre rythme circadien veille-sommeil. Lorsque la lumière fait défaut, cette horloge se dérègle, le corps perd ses repères et le moral commence à en pâtir. En été, nous sommes exposés à une luminosité atteignant près de 100 000 lux (unité de mesure de l’éclairement lumineux). En hiver, la luminosité atteint difficilement 1 000 lux, voire 500. Or, tout organisme nécessite environ 2 000 lux et supporte vraiment très mal ce déficit de lumière.

La luminosité intervient sur la glande pinéale, logée dans le cerveau. Cette glande sécrète une hormone : la mélatonine. La mélatonine est considérée comme "l'hormone du sommeil". Elle est sécrétée la nuit uniquement. Lors de la période hivernale, la baisse de la luminosité entraîne une surproduction de mélatonine, qui conduit à une asthénie pouvant aller jusqu'à la déprime.
 

Les personnes les plus exposées à la déprime saisonnière

Si la dépression saisonnière concerne l’ensemble des pays et des cultures, elle frappe de plein fouet les habitants des pays du nord, qui subissent des écarts considérables de luminosité entre périodes estivales et hivernales. Elle touche environ 3 à 5 % des Français contre 12 % des Finlandais !

Du fait des variations hormonales, la prévalence de la dépression saisonnière est environ deux fois plus élevée chez la femme que chez l’homme.

La déprime saisonnière peut également toucher des personnes fragilisées par d'autres facteurs :
- un choc émotionnel lié à la perte d’une personne chère, un licenciement, un divorce…,
- des fragilités psychologiques émanant du passé (enfance, certaines expériences…),
- une vulnérabilité héréditaire.